Le blog quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana (Louis Arjaillès, aussi). Maison de confiance depuis 2007.


Tombe, Victor !

Tombe, Victor !
" Tendre, émouvant, ensoleillé, universel "

mercredi 18 octobre 2017

Automneries

Mes anges


De Matt Lambert
Ma sensibilité me conduit souvent à idéaliser. Ainsi, il n'est pas rare que, m'extasiant devant telle nudité juvénile, l'ami de passage, par dessus mon épaule observant l'objet de mon émoi, se gausse de ma naïveté : - M'enfin, Silvano, tu ne vois pas qu'il s'agit d'un acteur de films pornos ?
Non, je ne le vois pas, je préfère penser que l'ange pose pour un moderne Bronzino, ou, pour la photo ci-dessus, qu'il s'agit d'une pause entre deux séances pour une nouvelle Pietà. l'autre soir, j'ai inséré une photo d'un "angelo" magnifique qu'un commentateur s'est chargé d'identifier comme étant (encore !) un "héros" de vidéos pour adultes.
Peut-on me laisser rêver ?


Mur 


Naviguant de chaîne en chaîne de télé un soir, guettant désespérément de quoi satisfaire mon appétit, j'ai failli renoncer jusqu'au moment où je suis tombé sur un film mêlant fiction, images d'époque et témoignages des protagonistes, qui relatait l'histoire d'étudiants de Berlin Est assistant à l'érection (mais ce n'était pas un film pornographique !) du mur de Berlin, et leurs efforts - couronnés de succès pour certains, menant à la tragédie pour d'autres - pour passer à l'Ouest. C'était captivant. Le titre est Berlin, promotion 61. C'était sur la chaîne Histoire, qui pourrait rediffuser ce programme un de ces jours. J'ai trouvé une bande-annonce ici : clic
J'illustre avec une photo prise en 1989 où l'on voit deux beaux jeunes hommes de l'Est refusant de serrer la main de gens d'en face fêtant la chute du fameux mur.

Que se passe-t-il ?


Et pan sur le bec, comme le titrerait le Canard enchaîné !
Il y a quelques mois, je dénonçais dans un billet la nouvelle manie des journalistes de la presse parlée, télévisée ou écrite, d'employer à tout bout de champ des "ce qu'il se passe", formule remplaçant le "ce qui se passe" d'usage jusqu'alors. Et voilà que l'autre jour, preuve que l'on nous pollue les neurones quand l'on n'y prend garde, je commis la même erreur, dénoncée illico par un commentateur courroucé. Penaud, je corrigeai aussitôt. Je sais qu'il y aura des défenseurs de la nouvelle version pour me rétorquer que la tournure est logique (il se passe quelque chose, et donc...). Et bien, "au final" (grrrr !), je préfère continuer à utiliser l'ancienne, comme Nicole Croisille dans cette chanson de 1969 lors de la soirée de premier tour de l'élection présidentielle que Pompidou remporta au second..
En prime, d'une époque où les variétés permettaient d'attendre les résultats distribués au compte-goutte, vous avez, s'affichant en bas de l'écran, les scores des différents candidats. Gay Cultes, champion de l'information ! 



Croquignolesque

 

On ne manquera pas de s'étonner de voir à ce point critiqué le vocabulaire de l'actuel président de la République. Je ne parle pas des "fainéants" ou de ceux "qui ne sont rien" qui prêtent aisément le flanc à la polémique, surtout quand on les retire en toute bonne foi (!) du contexte. On entend pousser des cris d'orfraie quand M. Macron prononce le mot "bordel", les mêmes ricanant de l'emploi de termes prétendument désuets comme "truchement" (ah bon ?). Il est vrai que le ricanement est devenu un mode de pensée véhiculé à longueur de temps par les réseaux dits sociaux et que personne ne peut y échapper. Ce sont les "hors de" (off !) du président qui intéressent les polémicards de tout poil. En revanche, il ne se trouve personne pour souligner que le langage officiel présidentiel, avec ses mots "démodés" (parce que trop respectueux de la langue ?) et, entre eux, des liaisons enfin respectées auxquelles les deux (voire trois) prédécesseurs ne nous avaient pas habitués. Il y a cependant source d'agacements dans le verbe "jupitérien", une sorte de novlangue où se glissent des "et en même temps", des "toutes et tous", des "pardon de vous le dire"... croquignolets (et non "lesques"). Mon propos où il n'est question que de forme et non de fond, n'a absolument rien de politique ; juste histoire de dire où nous en sommes, "les gens".

Un faune pour réconcilier tout le monde :



mardi 17 octobre 2017

L'ange blanc


J'aime le caractère "non professionnel" de cette photo, ce côté "mets-toi là, je te prends en photo, mon amour !". C'est un garçon comme je les aime, nature, intelligent sans doute, sérieux en études mais volontiers jouisseur, que je labellise "fouloulou" pour toutes ces raisons. Il m'a été impossible, de par sa nature, d'identifier la photo, mais, en revanche, ma recherche a révélé que le poster, sur la porte, est signé Luis Royo et a pour titre... L'ange blanc !
Évidemment.

Inspiration

La bataille des centaures Michel Ange
Art attack par Luca Finotti

dimanche 15 octobre 2017

Plastiquement intéressant

Photo Richard Jeffrey Rothstein

Beau point de vue

Ph. Richard Jeffrey Rothstein
Bon 
dimanche !

Cadeau : une note unique au monde etc.



C'est fou ce qui se passe dans le cerveau du pianiste-interprète avant la première note, ce moment qu'on appellera concentration ou (je préfère) recueillement, car il faut honorer l’œuvre d'un compositeur ; de génie, souvent.
On sait peut-être que, de la première note, découleront toutes les autres : si elle est médiocre, tout le reste sera du même acabit. Si elle est sublime... ce sera magique !
Ici, l'intention se trouve exacerbée par ce "sol" impérieux et profond, déterminant, fondateur, voulu fortissimo et surmonté d'un point d'orgue*.
On le reçoit d'emblée comme un coup qui s'adoucira grâce au fameux point d'orgue, lequel, après l'extinction, laisse la place au thème, joué pianissimo.
Ensuite, tout le génie de Schubert nous prend par la main : variantes, subtiles digressions, jusqu'au retour du thème rendu à sa simplicité originelle avec, je n'ose dire en clin-d’œil, cette note irréelle, ce "sol", qui revient discrètement se rappeler à nous.

Notons :
Les toutes premières mesures de cet Impromptu se font entendre à la reprise, après entracte, du Barry Lyndon de Stanley Kubrick. Ça m'avait frappé lors d'une récente projection. Autour de moi, personne n'y avait prêté attention. J'en déduisis non sans orgueil que Kubrick m'avait tout spécialement adressé cette allusion.

On écoutera aussi, bien sûr, l'interprétation du pianiste "retraité" Alfred Brendel, "incontournable" (trop ?) ici avec partition : clic
Ce qui n'empêche pas d'avoir une tendresse pour Zimerman, dont les Concertos de Chopin chez DG (non, il ne s'agit pas de Dolce & Gabbana !) sont prodigieux.

* Les journalistes-animateurs des radios et télévisions ont la fâcheuse habitude de confondre "point d'orgue" et "point culminant". Cette erreur s'est généralisée.  Ça m'énerve.




samedi 14 octobre 2017

Jolies chaussettes


Automneries

 

Quand l'automne rit


Après quelques mornes journées sous un 
ciel anthracite, la nature nous fait don de
trois journées ensoleillées dont il faut se
rassasier, qu'il faut mettre à profit pour
marcher dans la ville, admirer les jolis
garçons que cette embellie va mettre sur
notre route en tenue légère provisoire, 
juste avant le retour des cuirasses qui camouflent
la vigueur des corps juvéniles.
Dernière sortie pour les pantalons blancs
et les tee shirt sous lesquels il est si tentant
de passer une main audacieuse : ah, le contact
de ta peau, brigand, qui me tue !

Importantes futilités

 

L'âge étant venu, où le port du tee shirt et du short que l'on trouvait naturel dans les rues de Turin ou 
sur les hauteurs du Trentin, devient, à Paris, ridicule, il me reste pour parade l'élégance, la recherche du plus présentable possible, qui fait dire au vieil ami grec indulgent "comme tu es bien habillé, tu es beau comme ça, Silvano !"
En fait, je n'ai jamais cessé d'être un minet, un "gandin" disait mon père quand je m'apprêtais à sortir revêtu de la veste Lapidus achetée en solde mais bien au-dessus des moyens que m'accordaient mes premiers revenus, cachets dérisoires d'un temps où le statut d'intermittent n'existait pas encore.
Cette semaine j'ai fait l'acquisition d'un costume, coupé "tendance" et classique à la fois, comme en portent les ex-jeunes loups qui gravitent autour de la Maire de Paris, ou dans les cabinets des mairies d'arrondissement, mais je ne l'assortirai pas de la barbe de trois jours de rigueur (je suis encore un rebelle, vois-tu !) ; je me le suis procuré pour donner mes cours, dans l'espoir insensé peut-être d'inciter les élèves à accorder davantage de soin à leur aspect : respect réciproque. C'est le deuxième costume de mon existence, et je ressens la même impression que lorsque je mis ma première montre à mon poignet. 


On a rénové ma chambre cet été, quand je découvrais Torino. Je dormais mal, mon regard sollicité par trop d'objets avant de sombrer enfin ou jamais. J'ai donné à des associations tout ce qui
encombrait l'espace et les placards, renoncé sans regret à ces morceaux de vie qu'on accumule, qui étouffent sous la poussière des temps.
Un peu comme sur cette photo, des murs blancs et très peu de meubles : un lit, la grande armoire indispensable, un valet-de-nuit, une chaise, des stores occultant la lumière, e basta !
Je dors beaucoup mieux.

Plaisir dominical



 Seiler, mon nouvel ami, a des ressources, puissance et douceur.
Il faut le dompter, le dresser comme un animal sauvage.
Je m'y emploie chaque dimanche, où un garçon bienveillant
me rejoint en fin d'après-midi pour m'écouter. 
Il applaudit après chaque pièce plus ou moins bien accomplie.
Il aime un Prélude de Chopin que je joue plutôt bien, en redemande.
Ce sont de doux moments.

Le ridicule ne tue pas les anges.

Lire




La lecture de La société du mystère de Dominique Fernandez (chroniqué ici : clic) m'a incité à lire Vie de Benvenuto Cellini écrite par lui-même qui me fut offert il y a longtemps et que j'avais oublié dans ma bibliothèque.
C'est passionnant et je ne manquerai pas d'y revenir. Pour l'heure, je m'amuse de lire dénoncé, sous la plume de l'auteur, le "vice infâme" pratiqué par certains de ses amis romains, quand on le prend plus d'une fois à s'exalter sur la beauté de tel ou tel ange, dont celle de son apprenti, accordant quelque crédit aux supputations de Fernandez.





Écouter



J'écoute sans relâche l'album de Pierre Lapointe La science du cœur dont je donnerai un second extrait demain. Onze chansons seulement, très beaux textes et arrangements de cordes suaves à souhait. Homo ou non, les émois, les affres, les douleurs de l'amour, sont les mêmes pour tous : Lapointe sait les chanter simplement, juste avec son cœur.

Jeune homme sympathique pour conclure 
aimablement ce billet.

mercredi 11 octobre 2017

Fou...


Je n'aurai pas le temps


Un "mal aimé" sur Arte

Les lecteurs de mon ouvrage en papier recyclé se souviennent peut-être que le narrateur, Paul, aime à se déhancher sur les chansons de Claude François. C'est sa manière à lui de s'évader pour un instant des exercices de doigts journaliers imposés par l'apprentissage quelquefois contraignant du piano. Pour sa défense, si besoin était, on notera qu'à l'époque, la diffusion de la musique ne se faisait que par très peu de médias : radios dites périphériques et télévisions d'état soigneusement bétonnées, ne faisaient que peu de place à la chanson anglo-saxonne, et c'est à travers les adaptations de plus ou moins bonne facture des "idoles" que les jeunes des quartiers populaires avaient accès à la musique rythmée.
J'y pensais évidemment l'autre soir en  découvrant une émission sur le gringalet frénétique diffusée sur... Arte !
Tant d'années après la mort du blondinet bondissant (c'était en 1978), une sorte de mea-culpa généralisé s'est répandu sur les ondes et dans la presse : il semble de moins bon ton, aujourd'hui, d'adopter une posture méprisante à l'égard du "populaire", telle qu'elle fut affichée par l'intelligentsia de l'époque.
L'émission de l'autre soir (que l'on peut voir en "replay" sur Arte+7) avait le mérite, bien regardée, de mettre l'accent sur la fantastique énergie de cet homme qui sut toucher au cœur une France que d'aucuns qualifieraient dédaigneusement de "profonde", qui sut lui donner du rêve, et fit de ses prestations des moments de spectacle au vrai sens du terme.
L'artiste était, paraît-il, un "sale bonhomme", caractériel, despotique sous couvert de perfectionnisme brandi en outil promotionnel ; c'est vrai, et le document de Karl Zero (un revenant ?) ne fait pas l'impasse sur cet aspect beaucoup moins pailleté de la personnalité du chanteur.
Ce qui est indéniable, c'est que nombre de chansons de l'histrion font encore frétiller les jeunes générations, qu'il a laissé une trace dont on peut se demander quand elle s'effacera, quand, de nos jours, on voit disparaître peu à peu celle d'un Bécaud qu'il considérait comme un maître, et dont les chansons ont, au niveau des textes, une tout autre portée.
Mystère ? Peut-être pas : "ça s'en va et ça revient" ensoleilla sans doute davantage les corons que bien des chansons "à texte".
Pas de bol, c'est au moment où le créateur de Comme d'habitude (on a entendu bien pire, au demeurant) préparait un album avec le grand Roda-Gil que la mort fit son œuvre de la manière que l'on sait. Pour un compliment dans Le Monde, caramba, encore raté !

En cadeau bonus, une perle : un joli "tube" de Claude François revu par Barbara.
Anecdotique et amusant.





Blachon


mardi 10 octobre 2017

On a beau dire...

une jolie chemise,
ça vous change un homme.
D'aucuns les préfèrent un
peu plus courtes, non ?

Cadeau de la nature


Et je pourrais entonner à nouveau mon ode au pelvis.

Pierre Lapointe : l'indispensable nouvel album



Tu détestes ta jeunesse,
Tes beaux cheveux blonds juvéniles
Qui descendent comme la vie, près du mouvement de tes cils.
Tu détestes ceux qui grâce à l'amour ne sont plus les mêmes.
Tu préfères dire je t'aime à grands coups de bouquets de haine.
Tu n'es pas certain d'être bien, mais jamais tu ne l'avoueras
Avoir des gestes qui font rêver, c'est tout ce qui compte ici-bas.
Les magiciens des temps modernes savent bien comment mentir
Comment fabriquer le beau en tuant quelques souvenirs.
Tes amis sont bien, mais tu comprends le mal du Grand Savoir
Qu'eux-mêmes ne pourraient goûter malgré leurs forces noires.
Tous ensemble, vous jouerez sans malaise aux grands enfants blasés
Qui tanguent de la tête sur des rythmes fantomatiques saccadés.
Tu repenses à tes amours, à tous ceux que tu as baisés
À quel point ils avaient l'air heureux d'avoir pu te consommer.
Tu as pris un verre de trop, mais c'était pour équilibrer
Les sensations provoquées par tes rêveries colorées.
S'étourdir est un remède facile quand l'âme a la nausée
Face aux complications répétées par la vie imposées.
Tu danses, muet, près de ton ami, celui qui sait te parler
Te raisonner quand tes larmes reviennent au pas comme une armée.
C'est le seul moyen que tu as pu trouver pour oublier
Le poids de la solitude qui revient sans cesse te hanter.
Tu ne sais pas pourquoi, mais même les mouvements dictés par ton cœur
Font que tu te sens abandonné au milieu de tes peurs.
Crois-tu qu'un jour, malgré tout, tu seras capable d'aimer ?
Le seul moyen possible de le savoir c'est de recommencer.
La Science du cœur est un objet d'abstraction propulsé
Par la volonté qu'ont les gens tristes à se laisser toucher.

Ça fait déjà quatre jours que tu n'as pas dormi.
Dans ta tête, de la musique résonne, te réveille dans la nuit
Comme si ta peine avait donné naissance à une symphonie.
Est-ce là le signe annonciateur d'une prochaine folie ?
Tu repenses à ta grand-mère, tu dis qu'elle t'a vraiment aimé.
Tu revois sa couche pleine venant tout juste de déborder.
Le contraste est trop mince entre début et finalité
Mais tu te résignes sans peine devant cette fatalité.
Tu regardes tes vêtements et cette image immaculée
Que tu projettes sans vouloir comme un jeune enfant surdoué.
Tu te dis qu'un jour, c'est certain tout ça sera démodé
Que chacun des trophées que tu portes brûlera dans l'éternité
Que ton corps, devenu flasque et faible, aura tout effacé
Les traces de ta jeunesse, les traces trop fragiles de l'été.

Sous haute surveillance

Envoyé par Roger B., merci à lui.

lundi 9 octobre 2017

"Cross country"


 Dommage pour la profondeur de champ.

Je vous interdis...


de vous alourdir en commentaire sur
la dénomination de ce qui sert de siège
à ce charmant garçon.

Jeu cinéma : la solution

Je suis fier de mes lecteurs, que je félicite.
Vous fûtes nombreux à identifier Teorema/Théorème le film de Pasolini à travers cette scène de lévitation, là où l'un d'entre vous, tout de même, a cru reconnaître un extrait de Monthy Pithon la vie de Brian : inexact, mais merci à lui de m'avoir déridé.


Très belle affiche d'époque, explicite :




Quant au synopsis, écoutons ce qu'en disait Guy Bedos après une diffusion à la télévision ; ça vaut son pesant de rigatoni :


Il m'arrive de regretter...


d'avoir écrit un billet chantant
les vertus de l'automne.
Hier, ce fut un dimanche de
froidure sous un ciel de plomb.
Samson François me fut d'un grand secours.

dimanche 8 octobre 2017

Beau poirier


Sage comme une image

Evan Pankratov photographié par Heifetz周海飞
Bon dimanche !

"La société du mystère" : Fernandez est revenu, alléluia !

Honte à moi de pas être revenu sur le dernier ouvrage du prolixe Dominique Fernandez, membre éminent de l'Académie, dont le denier livre chroniqué (Amants d'Apollon L'homosexualité dans la culture) m'avait quelque peu déçu ; irrité voire, par cette propension à voir des homos partout, fantasme paraît-il amplement répandu dans notre "confrérie".
Je moquais déjà ce travers dans un spectacle improvisé où j'affirmais à un partenaire qui jouait fort bien la berlue que Lino Ventura et Jean Gabin formaient un couple de honteuses savamment dissimulé aux médias.
Fernandez publie beaucoup, dont des ouvrages qui relèvent du guide touristique littéraire, son très intéressant Piéton de Rome, par exemple, pouvant se substituer aux Promenades dans Rome de Stendhal devenues aujourd'hui pratiquement illisibles, ayant le mérite, hormis les adresses de restaurants, de remplacer avantageusement dans une valise le sempiternel Routard ou le plus affûté Lonely Planet.
Un grand reproche à cette Société du mystère qui fut l'une de mes lectures de l'été (vite) passé : quand on apprécie de lire au lit (c'est mon cas) ce pavé de 593 pages n'est guère facile à manipuler, sauf à disposer du lutrin adéquat (faudra que je m'en trouve un, mais je crains la cherté d'un objet qui, en ces temps numériques, ne doit guère trouver d'acquéreurs).
La Société du mystère affiche sa qualité de roman ce qui permet à l'auteur de donner libre cours à une imagination fertile et de fantasmer à loisir sur les intentions cachées des membres de la "meute" (terme utilisé pour identifier cette mystérieuse société de peintres unis par leur "bougrerie"), dont beaucoup furent les authentiques génies du "cinquecento", le seizième siècle des Italiens. Le roman se présente comme mémoires apocryphes d'Agnolo Bronzino, l'un des maîtres de la période, élève et frère en "mauvaises" mœurs de Jacopo Pontormo, les deux hommes, et nombre de leurs confrères ayant bénéficié de la protection des Médicis, sans lesquels, le spectre de l'Inquisition rôdant, ils eurent connu un sort des plus funestes.
Gourmand, Dominique Fernandez, leur prête un culte de la "coda" (traduisez, tiens !) qu'ils se seraient efforcés de transmettre à la postérité, par touches subtiles, dans leurs œuvres, sacrées le plus souvent, exploit remarquable s'il en est, et vive les romanciers !
Le livre tient la gageure de mêler fiction parfois délirante (mais on aimera !) et références artistiques, rendant un hommage sincère au métier de l'Art : c'est à Florence, en effet, que les peintres durent lutter pour passer du statut d'artisans à celui d'artiste, terme dont Fernandez nous dit que c'est ici qu'il fut créé.
On croise au fil des pages, en chair et en os si je puis dire ou en référence, les peintre et sculpteurs les plus illustres, dont Michel Ange, Vasari (le seul "hétéro", présenté comme un hypocrite de première), Benvenuto Cellini, le Parmigianino et autres Donatello dont le David nous vaut une description enflammée (et bien venue) de l'écrivain.
Intrigues de cour, vie privée des fameux Ducs de Florence (Cosme 1er principalement), avec pour décor l'encore prestigieuse Florence, meurtres et détails de nature à nous "parler" sur les rapports entre Pontormo et son disciple Bronzino, lequel entretiendra à son tour des rapports pas uniquement pédagogiques avec son élève Sandro (Alessandro Allori surnommé également Il Bronzino), rapports du même type que ceux de Pier Paolo Pasolini avec Ninetto Davoli, petit clin d’œil de l'auteur de Dans la main de l'ange, voilà enfin un Fernandez passionnant, rythmé malgré sa longueur, qui ne fait certes pas œuvre d'historien, mais nous emmène au cœur de l'une des périodes les plus fascinantes de l'Histoire, comme dirait l'ampoulé Stéphane Bern dont, au passage, l'émission entrevue récemment sur Laurent le Magnifique, entrecoupée de témoignages de prétendus "spécialistes", illustrée par une musak anachronique, est de nature à nous faire prendre les jambes au cou ; ce que je fis, encore sous le charme de ce précieux ouvrage.

La société du mystère, par Dominique Fernandez (Grasset)


Illustrations : détails de la Déposition de Pontormo ; de beaux éphèbes à la manœuvre (deux portent le corps du Christ), comme par hasard, tiens !


Autoportrait de "Sandro" Allori, l'amant selon Fernandez - Galerie des Offices, Florence


Sympa...

le Saint Jean-Baptiste
du Bronzino !