Le blog quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana (Louis Arjaillès, aussi). Maison de confiance depuis 2007.


Tombe, Victor !

jeudi 25 mai 2017

L'icône à nu

Rudolf Nureyev par Richard Avedon, 1961

Lapinous


Trois jours en Italie, pendant lesquels j'ai prévu des images d'anges pas toujours aussi sages.
Sur une terrasse ombragée que j'affectionne, je terminerai mon épisode du lundi. 
Il y a trois ans, déjà, c'est le soleil de la Vénétie qui m'avait inspiré 
les épisodes les plus chauds du premier opus : ça promet !


"Last summer" : "je ne veux personne d'autre."

Samuel Pettit (Luke) et Sean Rose (Jonah)

Ils s'aiment depuis toujours.
Fusion.
Symbiose.
L'un reste et l'autre part :
l'argument est simple, dont Mark Thiedeman a fait le plus beau film d'amour, bouleversant de sincérité, qu'il m'ait été donné de voir ces derniers temps.
Il y a la beauté des deux principaux interprètes (Samuel Pettit et Sean Rose), la photographie de David Goodman, magistrale, et, en fond sonore, les Scènes de la forêt de Schumann.
Une révélation.



Last Summer (2015)
DVD (vostf) distribué par Outplay.

mercredi 24 mai 2017

Galipettes

Le "pont" de
l'Ascension s'annonce chaud.
Mettons-nous à 'aise, que diable !

Félix aux champs

Felix Gesnouin par Fanny Latour-Lambert

État de guerre



 Synopsis
Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d'Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean qui consume ses dernières forces dans l'action.

En compétition à Cannes, 120 battements par minute, le film de Robin Campillo (Eastern Boys) a bouleversé le Festival.
Par ce long métrage, donné comme candidat sérieux à une récompense, le formidable travail d'Act Up-Paris est historiquement légitimé. Enfin.
J'y reviendrai, bien sûr, lors de la sortie en salles.
Un excellent article de Culture Box ici : clic

Arnaud Valois, Nahuel Perez Biscayart dans "120 battements par minute' de Robin Campillo
© Les films de Pierre / France 3 Cinéma

lundi 22 mai 2017

Lire en toute liberté


Résolument po-si-tif !


Le chemin des contrebandiers (Tombe, Victor ! Livre 2) Prologue

Photo (c) Tom Franck - Tous droits réservés
C'est un sentier hérissé de ronces et de rosiers sauvages, un chemin de ronde en contrebas des villas des riches, à la pointe du Cap.
Tous les adolescents de la ville l'ont emprunté un jour.
On s'y rendait en expédition, de nuit, avec d’infinies précautions car les bruits les plus terrifiants couraient sur la présence d'un gardien armé jusqu'aux dents qui n'eût pas hésité à tirer sur le premier intrus pris dans sa ligne de mire.
Pourtant, on ne lut jamais dans la presse locale le moindre fait-divers pour confirmer la rumeur.
Il y avait toujours un gosse, cependant, pour affirmer qu'il connaissait quelqu'un qui avait reçu une chevrotine, une volée de plombs, une balle… - le projectile variait selon l'imagination du conteur.
Les plus jeunes s'y risquaient en pleine journée, équipés de masques et tubas, pour en rapporter quelque poulpe gluant dont ils savaient qu'il faut en taper la tête contre les rochers dès la capture afin d'en attendrir la chair.
Jamais par la suite Paul ne put déguster le savoureux octopode sans emprunter à nouveau en pensée le sentier interdit.
On pouvait fréquemment croiser sur la grand-route en arc de cercle ces bandes de joyeux gamins exhibant fièrement leur butin accroché à un fil de fer, clamant qu'ils avaient échappé à l'ogre mythique.
Les plus grands, les vieux qui avaient dépassé seize ans d'âge, s'y rendaient la nuit de préférence, en petit groupe, se donnant des frissons quand ils escaladaient le premier mur où, accroché à une chaîne rouillée, pendait l'écriteau fatidique :
"Propriété privée – Défense d'entrer – Danger".
Il fallait ensuite franchir quelques obstacles : murets, sentes noyées sous de hautes herbes qui vous griffaient et rochers moussus qui étaient selon eux "vachement casse-gueule".
Le chemin des contrebandiers – on disait aussi "contrepelars" : personne ne sut jamais pourquoi - les attendait en ultime recours au désœuvrement des soirs d'été où l'on n'a pas les sous pour s'offrir un verre au Pims ou mieux, pour aller se trémousser sur la piste d'un night-club.
Paul se souvient d'y avoir pris sa première cuite, d'un rosé chaud à bas prix acheté "en bas", au Printania.
On déconnait sur les rochers, se menaçait mutuellement de s'envoyer "à la baille", puis on s'asseyait en cercle sur un embarcadère de béton pour refaire le monde, se raconter des blagues, art dans lequel Paul excellait, présentant de véritables shows truffés d'allusions homosexuelles dans le but d'exciter la curiosité de quelque camarade jugé un peu plus attentif à ces choses que ses compagnons.
Il y était venu aussi en compagnie d’Angelo, à l'heure où le soleil renaissant donne à la Méditerranée des rougeoiements de jeune fille effarouchée.
Avec l’Ange, aux temps où ils se découvraient, ils se baignaient nus, s'enlaçant dans l'eau encore sombre et fraîche à l'aurore, s'étourdissant de baisers salés, s'étreignant jusqu'à faire exploser sans autre façon leurs verges juvéniles dont la sève rejoindrait quelque abîme peuplé de monstres marins.
(À suivre)
(c) Louis Arjaillès - Gay Cultes 2017
Si vous avez manqué le début (la suite, plutôt !) :
clic

Note
Pardon d'égarer mon (mes) lecteur(s), en livrant aujourd'hui ce texte, qui précède, bien sûr, les six extraits déjà publiés ici. 



Férocement amoureux


vendredi 19 mai 2017

Saines activités de plein air


Quasi parfait


Gloria Emmanuel in exelcis deo


Bien qu'ayant voté pour lui, je n'emboucherai pas les trompettes à la gloire du nouveau président de la république française.
Primo, il y a plus agréable à emboucher par les printemps qui courent (et oui, il m'arrive de m'autoriser une grivoiserie !).
Secundo, même si je peux me satisfaire de voir arriver un ministre de la justice qui va causer quelques suées nocturnes à (au moins) trois justiciables de renom, je ne peux que réprouver la nomination d'un adversaire acharné du mariage pour tous (Darmanin)et, bien sûr, d'un premier ministre qui s'affirme sans ciller "de droite".
Cela dit, j'apprécie la nomination de Madame Nyssen à la culture et de M. Hulot (qui renonce à ses vacances) à l'écologie.
Bref, le président fait ce qu'il avait dit qu'il ferait, et ne commet pas l'erreur politique monumentale de Chirac en 2002 qui n'avait absolument pas tenu compte de la composition de l'électorat qui l'avait plébiscité contre le père Le Pen.
Nous avons tellement été habitués au grand n'importe quoi au cours des quinze dernières années, qu'on peut expliquer, à défaut de l'approuver, le comportement des médias bluffés par les premiers pas commentés comme "sans faute" du nouveau monarque.
De là à accompagner chaque action d'un concert de louanges sans aucun recul, d'en faire un saint laïque, de pousser des soupirs extatiques à chaque parole prononcée, de signer des éditoriaux en génuflexions mystiques, il y a un monde. Et l'on rappellera à mesdames et messieurs les journalistes les mots du grand Albert Londres qui coiffent le présent billet.
Les vicissitudes de la politique, les événements nationaux et planétaires à venir vont, sans doute, doucher quelque peu l'encensoir des thuriféraires de la pensée macronienne.
On se contentera d'espérer que le nouveau venu fera bien son boulot, qu'il saura écouter la colère qui gronde dans nos provinces (Paris étant l'exception qui confirme la règle), et faire en sorte de déconcerter les populistes de tout poil ; bref, d'apaiser ce pays malade de ses divisions.
Allez, on s'autorise encore un peu de rêve, ça fait pas de mal.

Faites gaffe quand même, M. Hulot !

Juste assez pour rêver


jeudi 18 mai 2017

Plastiquement aimable


Ange d'avant

Lars Peter Hässler, 1930, Suède.

Un immense besoin d'Italie


C'est à Verona (Vérone) que je descendrai, en solo, pour l'Ascension.
C'est une ville reposée, d'où l'on peut facilement joindre Venise où débute la biennale.
L'hôtel, où j'ai déjà séjourné en compagnie d'un ami cher aujourd'hui disparu, bénéficie d'une jolie petite terrasse où l'on peut boire un Spritz "à la fraîche", le soir venu.
Le touriste lambda ne quitte guère le centre historique : on peut donc s'isoler pour méditer sur les rives de l'Adige.
C'est exactement ce dont j'ai besoin.

mercredi 17 mai 2017

Console et moi


Envers et contre tout...

Luke et Wild par Trisha Ward
nous
nous
aimons.

"Baisers cachés" ce soir sur France 2



Les "journées mondiales" sont-elles nécessaires pour dénoncer les fléaux de toutes sortes qui polluent nos sociétés ?
Aujourd'hui, c'est l'homophobie qui est ainsi "mise en vedette".
On saluera tout de même l'initiative de France 2 de programmer en première partie de soirée le téléfilm "Baisers cachés", dont j'ai pu voir de larges extraits. Ne nous attendons-pas à un grand moment de télévision : la réalisation est plate, le sujet traité de manière très "pédagogique", les acteurs falots, à l'exception notable de Patrick Timsit, apparemment très impliqué dans son rôle de père.
Je pense, et ce n'est que mon avis, qu'une histoire d'amour heureux, positif, eut été préférable : l'amour entre personnes du même sexe gagnerait à être banalisé. Ce serait à mon sens la meilleure façon de ridiculiser les homophobes de tous horizons.
Néanmoins, je serai devant mon écran.
Je note qu'Arte, notre meilleure chaîne de télé, a choisi de programmer ce soir un "Thema" sur Almodovar et les femmes.
Intéressant, certes, mais aujourd'hui...

Homophobie : scènes de la vie ordinaire

L'association SOS HOMOPHOBIE lutte jour après jour contre ce fléau.
Au lycée, entre autres, de nombreux jeunes sont victimes de l'exclusion et, pire, de harcèlement en raison de leur préférence sexuelle.
C'est inadmissible dans une société qui se veut moderne et civilisée.
Mais plutôt que de ressasser nos indignations, nous devons faire en sorte d'informer ces jeunes sur les recours qu'ils peuvent exercer quand ils sont victimes de ces comportements indignes.
Pour que certains réseaux deviennent réellement "sociaux", n'hésitez pas à diffuser les coordonnées de l'association, et celles du Refuge, qui accueille ceux qui vivent la pire des exclusions : à l'intérieur de leur propre famille.

Liens :
SOS HOMOPHOBIE
LE REFUGE


SPOT TV LE REFUGE 2017 from Pascal PETIT on Vimeo.

C'est le moins que l'on puisse faire

La France se dit prête à accueillir des homosexuels persécutés en Tchétchénie.

Le ministère des Affaires étrangères a indiqué ce lundi dans un communiqué que la France était "prête à examiner les demandes de visa à caractère humanitaire" de personnes homosexuelles victimes de persécutions en Tchétchénie. Pour le moment "aucune demande de visa n'a été présentée par les personnes concernées" mais "leur dossier serait bien entendu examiné rapidement si une demande venait à être déposée", ajoute--t-il.

lundi 15 mai 2017

On a fait des bêtises


Il pense à toi


Le chemin des contrebandiers (Tombe, Victor ! Livre 2) Extrait 6

J’essaie de lutter contre cette aversion que j’éprouve pour la laideur, réelle ou présumée. Je dois convenir que les garçons que je juge – de quel droit, me blâmé-je ? - physiquement disgracieux ont peu de chance de faire partie de mon cercle d’amis. Autour de moi, une petite armée d’anges radieux entretient, sans en avoir probablement conscience, la confusion de mes sentiments où s’affrontent désir et sympathie. Je suis amoureux de Frédéric, de Thierry, de Jean-Charles, de Bertrand, et, bien sûr, de ce Marco avec lequel je veux tisser des liens plus intimes qu’avec tout autre. Je ne me pardonne pas d’être à la merci des tentations de la chair, je hais cette sorte de priapisme de la pensée qui semble vouloir guider, impérieux, mes relations avec la faune lycéenne.
J’y pense quand je suis seul avec mes doutes, mais capitule dès le premier sourire qui vient à éclairer un visage un peu plus agréable à l’œil, que j’ai distingué au milieu de tous les autres, comme pris dans le faisceau de l’un de ces projecteurs de poursuite qui, dans leur halo, emprisonnent sur scène la silhouette des vedettes de music-hall.
J’ai changé. Ça ne fait aucun doute. C’est l’apprentissage de la vie qui l’a voulu ainsi, m’offrant le plus bel amour du monde et me retirant aussitôt ce cadeau, laissant en moi la trace des premières meurtrissures. Un cœur tout neuf est chose fragile que nul de devrait pouvoir briser.
Victor Panella, le premier, l’initiateur, celui que j’aurais voulu dire « le seul », chevauche désormais une moto rutilante de 125 centimètres-cube, une japonaise sur laquelle il embarque cet Algérien devenu l’ombre de son ombre, qui ne le quitte pas. Dans la région, où de nombreux pieds-noirs ont trouvé refuge après le douloureux rapatriement, les arabes, bien qu’appelés à la grande reconstruction de l’après-guerre, se heurtent à l’hostilité de la population. J’ai été choqué à maintes reprises des pincements de nez et des froncements de sourcils qui accueillent le travailleur immigré qui ose prendre place à bord des Rapides Côte d’Azur sur la ligne qui relie Cannes à Nice, celle que j’emprunte régulièrement pour me rendre au Conservatoire. « Bougnoule », « bicot », « melon », « raton » sont les termes les plus usités pour les désigner, de la bouche même de camarades qui se prétendent progressistes ou pratiquent la religion catholique, celle dont je me suis éloigné, considérant que les préceptes de charité chrétienne et d’amour du prochain sont – c’en est la preuve – bien peu mis en pratique par ses adeptes.
En écuyer dûment adoubé du fils Panella, l’Algérien de Victor échappe à la vindicte qui accable ses semblables. Hocine, l’homme venu de nulle part, a surgi un jour on ne sait comment dans une fête de quartier où mon ennemi le plus intime lui a spontanément exprimé sa sympathie. La soudaineté de cette alliance, dont je fus le témoin, ne manqua pas de m’intriguer ; qu’elle ait perduré au-delà d’une saison n’est pas pour dissiper ma perplexité.
« L’Algérien » – ici, surnoms et sobriquets s’engluent à vous à jamais – a réussi admirablement son intégration dans la jeunesse locale, grâce à Victor, certes, mais aussi parce qu’il a su en épouser les rites, les attitudes et le style vestimentaire, jusqu’à ces cheveux noirs, ondulés, qu’il porte longs à la manière de Julien Clerc, la nouvelle coqueluche d’une génération qui tient les anciennes idoles « yé yé » pour des symboles de ringardise, écoute les tubes anglo-saxons que ne diffusent jamais les radios périphériques, admire des artistes qui n’ont pas droit de cité dans le Palmarès des chansons, l’émission de Guy Lux qu’assène chaque samedi à un public lobotomisé la télévision d’état.
Le racisme que je crois enfoui en moi, que je tiens à distance du mieux possible, pourrait, tel un démon, remonter à la surface, si le petit pincement d’alerte à la jalousie, ce vil sentiment dont je me méfie comme de la peste ne venait me raisonner. Hocine, que je vois comme l’éminence grise nouvellement promue de Panella, a, de surcroît, une qualité inestimable à mes yeux : il est beau.
Et, je le pressens, dangereux.
(À suivre)
(c) Louis Arjaillès - Gay Cultes 2017
Si vous avez manqué le début :
clic

Illustration :  Mick Jagger par Andy Warhol


dimanche 14 mai 2017

Verticalement


Mes yeux dans ton regard


Bon dimanche !

Cadeau : qu'il est beau le piano nouveau !



La nouvelle génération du piano français est à l'honneur ces temps-ci dans Gay Cultes.
Ici, Rémi Geniet interprète cette Partita du père de la musique avec une belle vigueur, dans une interprétation digne des plus grands.
Il serait discourtois de ma part de ne pas donner la seconde partie de cette vidéo ; la voici :


Vrai ?

« La France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer »
Sylvain Tesson, qui a beaucoup voyagé.