Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

mardi 22 juillet 2014

Faut bien tuer le temps

Jessie & Sam | Photo Terry Smith

3 beaux anges




Ramdam

Dans mon album tumblr GC Gazette (si vous ne connaissez pas, c'est là : clic), c'est l'image (insérée autrefois ici-même) qui a, jusqu'ici, remporté les suffrages de la majorité des visiteurs : plus de 2000 "coups de cœur" ou "reblogages".
Poètes, poètes...

Voiture-restaurant

Restaurant dans une voiture Pullman
Note à 21h10 :
L'illustre blogueur Another Country rappelle à mon souvenir ce beau poème :

Ode

Prête-moi ton grand bruit, ta grande allure si douce,
Ton glissement nocturne à travers l’Europe illuminée,
Ô train de luxe ! et l’angoissante musique
Qui bruit le long de tes couloirs de cuir doré,
Tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourd,
Dorment les millionnaires.
Je parcours en chantonnant tes couloirs
Et je suis ta course vers Vienne et Budapesth,
Mêlant ma voix à tes cent mille voix,
Ô Harmonika-Zug !

J’ai senti pour la première fois toute la douceur de vivre,
Dans une cabine du Nord-Express, entre Wirballen et Pskow.
On glissait à travers des prairies où des bergers,
Au pied de groupes de grands arbres pareils à des collines,
Étaient vêtus de peaux de moutons crues et sales…
(Huit heures du matin en automne, et la belle cantatrice
Aux yeux violets chantait dans la cabine à côté.)
Et vous, grandes places à travers lesquelles j’ai vu passer la Sibérie et les monts du Samnium,
La Castille âpre et sans fleurs, et la mer de Marmara sous une pluie tiède !

Prêtez-moi, ô Orient-Express, Sud-Brenner-Bahn, prêtez-moi
Vos miraculeux bruits sourds et
Vos vibrantes voix de chanterelle ;
Prêtez-moi la respiration légère et facile
Des locomotives hautes et minces, aux mouvements
Si aisés, les locomotives des rapides,
Précédant sans effort quatre wagons jaunes à lettres d’or
Dans les solitudes montagnardes de la Serbie,
Et, plus loin, à travers la Bulgarie pleine de roses…

Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement
Entrent dans mes poèmes et disent
Pour moi ma vie indicible, ma vie
D’enfant qui ne veut rien savoir, sinon
Espérer éternellement des choses vagues.

-Valéry Larbaud, Les Poésies d'A.O. Barnabooth, 1913-

Version animée d'un billet précédent


Matt Woodhouse & Wojtek Czerski par Bell Soto pour Hello Mr Magazine

lundi 21 juillet 2014

Souvenir de lui

J'ai retrouvé cette photo et ce court texte dans les archives de Gay Cultes (2011) :


Il y a si longtemps qu'il voulait revoir la mer.
C'était un jour d'hiver à quelques lieues de la Baie des Anges.
Peu importaient le vent et le froid matinal.
Il a stoppé le moteur de la vieille 2CV, s'est précipité, comme aimanté, vers les vagues hurlantes.
C'était exactement comme sur cette photographie.
Pas
de
barbe,
pas
de
tatouage,
mais
une
cigarette :
nul n'est parfait.

J'ai vingt ans, peu ou prou

Je n'étais guère vaillant, l'an dernier à pareille saison : un accident en janvier m'avait laissé quelques séquelles, m'empêchant de goûter pleinement les longues marches sur les hauteurs de Capri ou les pérégrinations de hasard sur les routes de Procida, par une journée d'août où, sous un soleil acharné à me laminer, je crus perdre la raison.
La nature fut plus clémente avec moi ces jours derniers, où, en compagnie d'un garçon pas gay mais très gai, féru d'escalade, s'appliquant à tirer la quintessence de ses vingt-cinq ans par tous temps et en toutes saisons, je trouvai en moi des ressources insoupçonnées, oubliant mes incapacités, mes maladresses d'intello (sobriquet désignant de nos jours toute personne s'efforçant d'échapper à la médiocrité érigée en valeur dominante), cette répugnance à tout effort physique éprouvée ces derniers mois : "c'est dans ta tête !" disait-il avec raison.
Il marche devant moi comme pour me frayer un chemin sur ces pentes vertigineuses qui me font penser "mon dieu, comment allons nous remonter ?", annonçant quelque rocher glissant, prenant ma main comme il le ferait pour une vieille dame, que je refuse de lui donner parce que, voyez-vous, on a sa dignité. Il chante à tue-tête des chansons de salle de garde, défiant les randonneurs croisés au hasard de notre progression. Je parviens même à lui en donner une version "homo" qui l'amuse tant qu'il la reprend avec la même énergie ! Tout en bas, le froid, près des chutes, contraste avec l'impitoyable fournaise que nous venons de traverser. Il s'immerge un instant dans l'eau glacée. Je dis "tu es fou, tu vas m'attraper une pneumonie !" ; il en rit encore, sans doute. Comme une mère juive, je pense "qu'il est beau et courageux, mon fils !" (dans le TGV du retour, le petit garçon d'une soprano de renom de retour du festival d'Aix-en-Provence me dit, le désignant "c'est ton fils ?" ; devant mes dénégations, il dit "c'est ton beau fils, alors ?", et lui lève alors les yeux de son bouquin pour répondre "exactement !", et je fonds de plaisir).
"Qu'il est beau et courageux, mon fils !"
 L'ascension -car il faut bien repartir- que j'appréhendais est partie de plaisir (presque !) : mon beau-fils ou fils-beau, m'encourage, improvisant une aria de sa voix de falsetto, à peu près ça "mais voui, il est vaillant le maître, voyez comme il est vaillant !", me galvanisant, et "j'ai vingt-ans", je me dis, la perspective d'une bière fraîche, la meilleure de ma vie elle sera, apportant un aiguillon supplémentaire à ma bonne volonté. Tout en haut, il y a encore un kilomètre sur une route sans ombre pour parvenir à ce jardin d'Eden où l'on sert une blonde réparatrice que l'on boit avec délectation ; mais il y a encore quelques kilomètres pour parvenir à la maison où notre hôte, à cette heure, s'affaire devant les fourneaux : ce soir, caillettes sur toast, assiette "italienne" pour me faire plaisir, saucisses grillées dans la cheminée et gâteau au chocolat, vont avoir raison de notre féroce appétit. À la mi-août, nous parcourrons la Toscane avec un troisième larron : je sais maintenant que j'aurai des ailes !

Caillettes
Photos Silvano, sauf les caillettes de la maison Teyssier.

Le matin , un peu d'exercice


dimanche 20 juillet 2014

Divin petit marquis





D'une manière ou d'une autre...

J.Philippe Guillemain
passez un
bon dimanche !

Cadeau : musique sacrée, sacrée musique !


Pendant ce court séjour en Vercors, je suis descendu dans les caves de Gay Cultes (bientôt sept ans de billets), y retrouvant quelques perles comme ce Pie Jesu de Fauré de l'orchestre symphonique de Berne dirigé par l'excellent Michel Corboz, sublimé par la voix d'un alors tout jeune homme nommé Alain Clément.
Je suis rentré hier soir dans une capitale chauffée à blanc.
Écouter ce matin cette voix d'ange me comble de bonheur pour le reste de la journée.
Je vais soigner les fleurs du balcon qui ont pleuré mon absence, je vais signaler mon retour à un  ami que j'ai envie de voir dès ce soir, et je sais qu'il se libèrera de ses obligations pour me rejoindre. Nous dégusterons charcutailles et fromages rapportés de cette France très profonde, entrechoquerons nos verres en l'honneur de nos retrouvailles. J'essaierai, le nuit prochaine, de dormir presque aussi bien que dans la maison de pierre du hameau du bout du monde. 


Cannes


J'ai le souvenir de ce garçon gouailleur, beau comme l'antique, qui m'invita à y passer une nuit d'embrasements après avoir congédié sa petite amie officielle. Je le revois, m'accueillant sur le seuil de la chambre enveloppé d'un doux peignoir immaculé, coupe de champagne en main. J'ai su plus tard que le beau voyou avait subtilisé dans le portefeuille paternel la somme correspondant au prix de la chambre.
Pour éviter toute confusion, je précise que c'était tout de même bien après la période où fut prise la photo ci-dessus.

Un dimanche au bord de l'eau