Le blog quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.


lundi 30 mars 2015

Iréel ?

Herb Ritts, Clay Nude on Mantle, Hollywood, 1989.

Oh
oui !

Premier amour

En ces périodes de vacances scolaires, les quelques gamins de la petite bourgade s'égaillaient sous d'autres cieux, en bord de mer à Palavas, à Carnon, ou en salubres alpages.
Parmi les garçons de son âge – douze ou treize ans - Paul avait une préférence pour Rémi, le fils de la postière.
Paul avait repéré Rémi comme on jette son dévolu sur un objet de convoitise, et cela même s'il ne pouvait encore définir ce qui l'animait.
Un été, par chance, Rémi n'avait pas quitté le village.
Les deux garçons partageaient donc leur oisiveté ; de bon matin, Rémi faisait tinter la sonnette de sa bicyclette devant la petite maison de pierres ; Paul dévalait l'escalier grossièrement maçonné qui menait des chambres à la salle commune, lançait un "à t't'à l'heure" aux femmes déjà affairées au repas de midi et accompagnait son camarade dans quelque folle randonnée à travers vignes et garrigue.
On remettait ça l'après-midi sous un soleil de plomb, mouchoirs noués sur le crâne en dérisoire protection, on "jouait au Tour de France" au fil des routes désertes truffées de nids-de-poules, l'asphalte chauffé à blanc au point de s'écouler en lave brûlante sous les effets de l'astre incandescent.
On était toujours Anquetil ou Merckx, mais pas Poulidor, éternel deuxième qui jamais ne parvint à remporter la Grande Boucle.
De temps à autre, les garçons s’installaient sous un arbre et se lançaient dans de longues discussions sur le tout et le rien.
Rémi avait une voix bien spécifique de garçon en mue, rauque et chaude ; Paul aimait cette voix au point qu'il l'entend parfois comme on entend de l'intérieur un vieil air qu'on croyait à jamais oublié.
Quand – toujours trop tôt - le soir tombait, avant de regagner leurs maisons respectives les deux garçons faisaient une dernière halte aux "amandiers", vaste espace planté d'arbres du même nom, où ils hurlaient à tue-tête les chansons de ces chanteurs-vedettes qui, l'été, promenaient leur "show" de théâtres de verdure en préaux d'écoles aménagés en Olympia de fortune.

Comment oublier ta musique, Rémi, mêlée au chant des cigales, au parfum de ces pins qui, parfois, se mettent à brûler comme de vieux sarments dans l'âtre de la cheminée de la grand-mère ?
Comment oublier que j’aimai ce regard si clair, ces mèches presque blondes, ce visage sans défaut, que c'était vachement bien d'être en shorts, chemisettes ouvertes sur la peau soyeuse et élastique qui nous habille à l'âge tendre et que cela, je le sais à présent, fut à la source d'émotions plus accomplies, plus tard ?
Je me souviens avec précision de cette après-midi d’été : sous l'effet de quel filtre sorcier, mon Dieu, jetons-nous nos vélos dans cette vigne et nous enfouissons sous le pont de cette petite rivière asséchée, minuscule habitacle où seuls des gabarits de petits hommes peuvent se lover ?
Pourquoi nos deux visages se rapprochent-ils, pourquoi nos lèvres s’épousent-elles, d’où vient cet appétit soudain de l’autre, dont on ne sait pas encore qu’il se nomme désir ?

Il y eut à ce moment, le pétrifiant, un arc électrique foudroyant qui devait longtemps hanter les pensées de Paul.
Ce fut tout.
Après les vacances, il ne cessa de penser à Rémi, à ce foudroiement partagé.
Quand, l’année suivante, il s’en revint au village, sitôt les valises déposées, il enfourcha sa bicyclette et s’en alla siffler sous les fenêtres de Rémi.
Il nota, quand son ami le rejoignit, qu’une ombre voilait son sourire.
Rémi lui annonça qu’il quittait le village à tout jamais, sa mère ayant fait l’objet d’une nouvelle affectation.
On ne leur laissait le moindre sursis : il partirait le lendemain. Il n’y aurait plus de cavalcades sur les petites routes trouées de nid-de-poule, de cow-boy attaché à un chêne, terrifié par la danse du scalp du Comanche, de hurlements perçants au crépuscule – de ceux qui font fuir les moustiques les plus assoiffés -, plus de « Même si tu revenais » de Clo Clo, d’orchestre et de bravos imaginaires. Il n’y aurait plus jamais la pudique union de leurs lèvres rougies de ces mûres, prestement arrachées aux ronces, que la nature, toujours généreuse avec les anges, offre aux enfants en vagabondages. Leur communion d’un trop bref instant était destinée à demeurer unique et inoubliable, éternelle. 


 Rémi s’en alla un sale mardi d’août, par la navette de dix heures et demie.
J’ai agité la main en direction du vert autocar des "Courriers du Midi", puis me suis mis à courir comme je n’avais jamais couru.
Le nez écrasé contre la vitre arrière, Rémi me fixait, pâle.
A bout de souffle, la main sur mon côté endolori, impuissant, ivre de rage, j’ai vu la diligence gravir la côte des Aspres, avant de disparaître, sans doute, - du moins m’en effrayai-je - pour basculer à jamais dans le vide, comme dans un film de John Ford, emportant avec elle mon premier amour.
Claudiquant, je m’en retournai vers le village. En chemin, je trouvai refuge sous un amandier pour y abriter ma douleur. Personne ne devait savoir.
A travers les temps, combien d'étés ont vu naître et mourir les premières tendresses ?

(c) Silvano Mangana / Gay Cultes 2015

dimanche 29 mars 2015

Je veille sur vous



L'heure d'été, enfin !

Photo Joseph Wolfgang Ohlert

Hier soir...

on a un peu trop bu 

 on a fait des bêtises.

L'alcool et les substances euphorisantes nous égarent : 
pensons à nous protéger en toute circonstance.
Pour tous ceux que le fléau n'a pas épargnés :


Jouons-la à pile ou fesses avec Mars


Gilles, lecteur attentif m'envoie ces deux photographies du Mars de l'escalier des géants du Palais des Doges de Venise.
Loin des promenades en gondole et des masques made in China (ne jamais aller au "carnaval", qu'on se le dise !), il existe un tourisme intelligent.
Merci, Gilles, d'avoir pensé à Gay Cultes - mais pourquoi donc ? - en contemplant ce splendide fessier...


Les garçons dans les vestiaires... et après


C'est amusant (ou non), j'ai déjà vécu...


ce genre de situation :




samedi 28 mars 2015

Apnée



Photo Jean-Philippe Guillemain

Chouette(s) alors !

Frank Craighead en 1937 - Frank et son frère jumeau, John, furent des pionniers de la recherche sur l'écosystème.

Cadeau : Clair de lune


Paul Crosley, piano : Clair de lune de la Suite Bergamasque
de Claude Debussy inspiré par le poème de Verlaine :

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

Paul Verlaine
"Je ne lis pas très bien la partition, là-haut ; tant pis, on y va au feeling !"

vendredi 27 mars 2015

Passion-lecture



Chevauchées

Ses parents avaient offert à Dominique sa première moto, en un temps où l'on pouvait dès seize ans chevaucher des machines de 125 cm3.
C'était une monture de marque japonaise sur laquelle les deux garçons entreprirent de longs périples bien au-delà des limites de l'agglomération, filant à travers la campagne environnante ou sur la corniche qui domine la Méditerranée.
Paul vivait ces randonnées comme une délicieuse épreuve, tremblant de tout son être quand Dominique accélérait, buvant littéralement les larmes de vent du conducteur qu'il serrait fort, très fort, pour faire corps avec lui, pour lui faire ressentir ces craintes dont le blond se gaussait, ses frissons de plaisir ; leurs éclats de rire fusaient quand son ami s'amusait à donner de petits coups de freins successifs pour simuler un accouplement.
On ne portait pas de casque; on pouvait ainsi se pavaner au centre-ville devant le grand café de la place principale sur ce moderne destrier. Pendant les balades, on se parlait plus aisément, partageait ses impressions et quelquefois des "je t'aime" incongrus au milieu de considérations plus prosaïques.
Les arrêts en pleine "brousse" précipitaient le temps, moto jetée contre un arbre, corps prestement débarrassés de leurs oripeaux, vite accolés, vite assouvis jusqu'à la trop lointaine prochaine fois.
(c) Silvano Mangana - Gay Cultes

La lumière du rêve


David Bowie, profession : icône

1977

jeudi 26 mars 2015

Qui veut jouer aux indiens avec moi ?

Alors, moi je serais une squaw ; tu m'attacherais à un arbre, et tu me ferais subir les derniers outrages, hein, dis !
Photo Hugh Holland

Photos Hugh Holland en Inde

Scène émouvante



Ezra Miller et Logan Lerman | Le monde de Charlie (Stephen Chbosky 2012)
C'est un joli film, injustement rangé au rayon des "films pour ados".

Vœux pieux, semble-t-il

Ce que nous a apporté la psychanalyse au vingtième siècle, c’est de nous faire découvrir que le diable existait en nous ; ce qui nous reste à découvrir pour le prochain siècle, c’est que les dieux y existent aussi.
  André Malraux 


Troublante élégance


En mode "Jean-Pierre Coffe", l'autre soir, j'expliquai à un jeune homme désireux d'être "impeccable", que la socquette laissant apparaître une parcelle de chair blafarde était inélégante au possible, et qu'il fallait lui préférer des mi-bas. La conversation prit fin sur une démonstration de cirage-glaçage de ses chaussures de marque anglaise.
Si la photo ci-dessus, destinée sans aucun doute à une revue de mode, est fort convenue, je ne peux m'empêcher, en revanche, de relever le puissant érotisme émanant des cuisses ainsi découvertes. On est loin, ici, du petit bout de mollet évoqué précédemment.
Et puis, le modèle, Ilias Avantiras, est grec, c'est bien.
De plus, vous constaterez qu'un rien l'habille :


mercredi 25 mars 2015

Toujours plus haut

J'ai déjà publié cette photo.
Je m'en souviens très bien :
c'était un jeudi de l'Ascension.

Incroyablement prophétique !


Retrouvé dans les caves de l'INA, ce film de 1947, inspiré d'un récit de René Barjavel, prévoyait de manière étonnamment précise ce que serait notre monde en... 2015.
Une pépite.

Sur les ponts de Paris

© www.BrendanJackman.com

Cadeau : frissons garantis !

Honni soit qui mal y pense


lundi 23 mars 2015

Il (m') a beaucoup plu


Chris Overgaard photographié par Paul Gore

Molière, gay ?!

Passe d'armes, dans le site de l'Obs, entre le dramaturge Jean-Marie Besset et l'historien de la littérature Georges Forestier quant à la probable ou improbable homosexualité de l'immense auteur dramatique.
L'auteur de l'article conclut ainsi son "chapeau" :  
"Le seul point sur lequel les deux sont d’accord : Molière n’était pas, comme certains le prétendent, le prête-nom de Corneille. C’est bien lui qui a écrit ses pièces. C’est déjà ça."
Oui : effectivement, qu'importe ?

Le duel ici : clic

          Le banquet d'Auteuil, de Jean-Marie Besset - Selon l'auteur, le sieur Baron (au centre) fut l'amant de Molière.                   Photo (c)Marc Ginot
Le banquet d'Auteuil : lassé des infidélités de sa femme, Molière s'installe dans une maison à Auteuil. Là, vit à demeure son jeune protégé, l'acteur prodige Michel Baron, ainsi que l'ami de toujours, l'écrivain Chapelle. Chapelle, aimable fêtard, invite une turbulente troupe à dîner, les musiciens Lully, Dassoucy et Pierrotin, les hommes de cour Jonsac et Nantouillet, bientôt rejoints par leur ami disparu, Cyrano de Bergerac, fantôme facétieux. Ces libertins vont moquer (ou envier) la passion jalouse de l'auteur du Misanthrope pour Michel Baron. L'art et l'amitié peuvent-ils nous sauver de l'absurdité de la vie ?

Jusqu'au 25 avril, Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier 75014 Paris
Site : clic 

Fais-moi mal !



Habillé

L'habit sied à merveille à l'acteur Eddie Redmayne.